Suivre l’étoile : histoire de mages, d’astre et de désastres


Les Rois Mages - Poème E. Rostand

Comment de la préparation d’une vivencia, jaillit une étoile…

Fontaine étoilée au fond d’un puits de poésie 

« Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir », 
nous dit Christian Bobin.

C’est aussi lui qui nous rappelle qu’ Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse. » 

A l’heure où j’écris ces lignes, le 6 janvier, jour de l’Epiphanie de l’an de (dis)grâce 2021, la nuit du monde me semble assez noire pour que nous puissions avoir à nouveau une chance de distinguer à l’œil nu notre étoile, celle qu’on appelle parfois notre « bonne étoile », comme s’il pouvait y en avoir de mauvaises…

Quand les marins perdaient l’étoile qui les guidait, il y a bien longtemps, on disait qu’ils vivaient une expérience de « desiderium », littéralement la perte et la nostalgie de l’étoile. C’est de là que vient le mot « désir ».

Alors oui : notre désir profond est toujours un désir d’étoile…

« ILS ÉTEIGNENT LES ÉTOILES A COUPS DE CANON

ILS ONT MÊME ASSASSINÉ LES CONSTELLATIONS », s’écrie Guillaume Apollinaire en pleine guerre 14-18.

D’où ce cri de désespoir ou d’espoir :

« Il est grand temps de rallumer les étoiles! »

Il y a tellement de feux fugaces et meurtriers – coups de fusil, grenades et autres armes –, tellement de paillettes et stars de pacotille, tellement de désirs feux de paille, plus vites éteints que feux follets.

Le monde d’aujourd’hui arrive à produire ce miracle d’une omniprésente fumée sans aucun feu.

A chaque poste de télévision allumé, c’est un astre intérieur qui s’éteint.

Ecran de fumée, épais brouillard du siècle, abracadabra, par les Rois Magiciens, lève-toi et fais que je retrouve ma voie.

Je pense sincèrement qu’aujourd’hui plus que jamais, il est grand temps de la rallumer, notre étoile, en dansant ! 

Cher Jacquot, aide-moi à me souvenir de ma Quête :

« Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part

Aimer jusqu’à la déchirure
Aimer, même trop, même mal,
Tenter, sans force et sans armure,
D’atteindre l’inaccessible étoile

Telle est ma quête,
Suivre l’étoile
Peu m’importent mes chances
Peu m’importe le temps
Ou ma désespérance

Et puis lutter toujours
Sans questions ni repos
Se damner Pour l’or d’un mot d’amour
Je ne sais si je serai ce héros
Mais mon cœur serait tranquille
Et les villes s’éclabousseraient de bleu
Parce qu’un malheureux

Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s’en écarteler
Pour atteindre l’inaccessible étoile. »

Et voici le texte du poème d’Edmond Rostand en exergue

Les Rois Mages

Ils perdirent l’étoile, un soir ; pourquoi perd-on
L’étoile ? Pour l’avoir parfois trop regardée,
Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.

Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l’étoile avait fui, comme fuit une idée.
Et ces hommes dont l’âme eût soif d’être guidée
Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.

Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,
Se dit « Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,
Il faut donner quand même à boire aux animaux. »

Et, tandis qu’il tenait son seau d’eau par son anse,
Dans l’humble rond de ciel où buvaient les chameaux
Il vit l’étoile d’or, qui dansait en silence.

Edmond Rostand

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